Quelques notes glanées ici et là...

Autofictions ne fait rien comme tout le monde et c'est tant mieux !
Prenons le dessin pour ce qu’il est aujourd’hui en France, c’est-à-dire un objet qui a beaucoup plus que trois idées. Si le dessinateur est artiste, amateur, professionnel, artisan, inspiré, dandy, conceptuel, Autofictions ne fait rien comme tout le monde, c'est à dire qu'il n'est pas comme les autres. Il nous renvoie à nos questions, qui semblent sans réponses par essence, et qui retombent alors, comme des effets retard de la pensée par rapport à la réalité du médium.
Si le dessin est une voie de l'illustration, AUTOFICTIONS choisit plutôt un effet qui donne à voir, si l’on évite en tant que spectateur le duel réflexif immobile avec le support, toutes les facettes du dessin sans même qu’elles soient réellement appliquées sur la surface du papier.

Enfant gâté du crayon ou fils indigne, il semblerait que l'auteur partage surtout son temps entre hobby et obsession, à se projeter dans la nacre des coquilles d’huîtres.

Réalisations typiquement ou faussement amateurs, les Autofictions sont des formes faibles et convenues, elles révèlent de manières symptomatiques les tendances et les mouvances culturelles passagères tout en dressant un portrait en creux des usages que nous faisons de la vie.

La facture faible et techniquement pauvre de ces réalisations laisse le jugement de goût en suspension total, déconcerté, embarrassé et classant finalement ces planches dans la rubrique “production amateur sans qualité”.

Si elles évoquent parfois des événements familiaux et amicaux, si elles renvoient à des ouvrages rêvés, elles disent également peut-être autre chose. Ce crédit, il faut paradoxalement l’accorder par leur faiblesse très apparente, non leur gaucherie ou leur maladresse, mais par ce manque de professionnalisme que vise en permanence l’amateur : faire comme à la télévision, comme au cinéma, faire comme les chanteurs, comme les vedettes, comme les auteurs et autres artistes en vogue.

Les planches Autofictions ne sont pas des pièges à regard, elles ne jouent pas volontairement la carte du faux semblant et de l’image intelligente ou qui rend intelligent celui qui la regarde décodant toutes les propriétés de la culture amateur qui s’émancipe. Ces dessins collages relèvent d’autres manières de faire, ils ne cherchent pas à produire un objet ou une image en référence à une action comme on le voit souvent.

Les Autofictions, défaillantes mais en réalité éloquentes d’une certaine réalité de ces artistes, ne sont pas là pour attirer l’attention ni pour jouer au trouble fête. On peut penser à un art invisible qui se confond avec la vie quotidienne, un art qui se révèle comme de l’encre sympathique, mais il en va encore autrement. Ces planches sont sans qualités et elles sont assumées telles quelles. Elles sont provisoirement déposées sur un blog, elles attestent simplement du déroulement d’une rencontre, d’un événement. mais contrairement à la documentation classique des performances depuis les années 1970 (photo ou vidéo), ces planches ne peuvent pas strictement être considérées comme de la documentation, comme un objet avec une potentielle valeur marchande.

Une formule caractérise l’ensemble des activités de cet artiste : “rendre effectif ce qui est fictif”. Qu’entendre par là ? “Rendre effectif ce qui est fictif” c’est rendre vrai et véridique ce qui relève de la fiction, de choses non vues, etc. Le procédé est dans la tradition du changement de pensée initié par Marcel Duchamp quant à la fonction et la nature même des objets. Si dans les années 1970, à l’ère de la consommation de masse, l’art relève selon Arthur Danto d’une transfiguration du banal, aujourd’hui ces artistes s’autorisent de rendre “effectif ce qui est fictif” en exploitant le potentiel du réseau Internet. Le Web contribue aussi à valider l’existence d’actions et d’opérations qu’ils réalisent dans le cadre de résidences d’artistes.” En s’appuyant sur l’auto publication du réseau, ils s’autovalident. Ils deviennent autonomes par rapport au fonctionnement classique et symbolique du monde de l’art contemporain.