Des autofictions, on pourrait dire "c’est tout un monde", un monde dans lequel les motifs et les références, les mots et les images s’articulent pour suggérer des histoires, ou plutôt des idées d'histoires qui entraînent le lecteur vers des pensées qu’il ne peut jamais complètement décrypter, comme si elles ne se laissaient pas entièrement conter. Les planches à l'allure inachevée ont une écriture très poétique où peinture, pastel, fusain, aquarelle, crayon gras, feutre, collage et texte s’entremêlent et se diluent.
Chaque planche apparaît comme les fragments d’une histoire où les traits et les compositions laissent toujours place à une image en réseau où se confrontent le reconnaissable et l’indéfinissable, le narratif et l’abstraction, le visible et l'invisible, qui font et défont l'idée même d'oeuvres de l'artiste. On est bousculé dans un même dessin par des détails aisément identifiables confrontés à d’autres qui demeurent plus mystérieux. L’univers de l'artiste prend forme tel un imaginaire complexe où caractères et situations apportent une constante ambivalence entre réalité et fiction et présentent un constant défit à l’interprétation et à la construction d’un discours cohérent.
Dans cet univers, le dessin n’est ni une pratique autobiographique, ni la simple étendue des esquisses et des pensées de l’artiste. C’est tout cela à la fois et l’œuvre prend toute son originalité avec la confrontation des techniques et l’occupation de l’espace qui peut être saturé à certains endroits ou laissé vierge à d’autres.
Même s’il n’utilise pas la technique du papier collé ni des "cadavres exquis", la pratique de l’artiste peut être considérée comme la métaphore de la libre association des idées et des techniques que l’on retrouve dans le discours et l’analyse psychanalyste. Les dessins de l'artiste résistent à la description, on ne peut le traduire autrement que par "son" propre langage, c’est la prédominance de l’imaginaire comme chaîne de signification dont parle Lacan et qui construit un langage propre à chacun.